01/09/2025
La légende du Kenpoka
On raconte qu’un soir, après avoir fermé son dojo, un Kenpoka prit le chemin de retour. La ville dormait, mais dans certaines rues, le silence est plus dangereux que le bruit. À l’angle d’une ruelle, il croisa la peur : un inconnu pris au piège par un agresseur.
Il n’hésita pas. Le corps agit avant la pensée. Quelques pas, une explosion de vitesse, et l’assaillant fut projeté au sol, désarmé, brisé par la fulgurance d’années d’entraînement. En un instant, la menace avait disparu. Mais quelque chose, plus insidieux, naissait à l’intérieur de lui.
Debout, au-dessus de l’homme à terre, il sentit la pulsion. Le poing prêt à s’abattre, il goûta la tentation de la violence absolue. Cette envie de tuer, pure et glaciale, presque enivrante. Certains l’appellent l’ombre, d’autres le démon intérieur. Il la sentit, elle l’effleura, et un instant, il la désira.
Puis le souffle changea. Dans le silence, il eut une vision : des flammes, pas celles de la destruction, mais celles de la connaissance, consumant l’ignorance. La lumière ne chassa pas les ténèbres, elle les dévora. Et dans ce brasier intérieur, il comprit que s’il frappait, il porterait ce fardeau toute sa vie.
Alors il laissa l’homme respirer. Sans un mot, il tourna le dos et reprit sa route, laissant l’inconnu sauvé derrière lui. Aucun triomphe, aucune gloire. Juste le poids d’un choix que peu peuvent comprendre.
On raconte que depuis ce soir-là, il n’a plus jamais été le même. Pas plus fort, pas plus faible. Simplement conscient que la frontière entre le guerrier et le bourreau ne tient qu’à une décision.