30/09/2025
La population de Ouagadougou atteindra t-elle 10 millions d'habitants un jour ?
Voici une question qu’un de mes amis m’a posé ce matin, autour de deux tasses de café, face à un flot de motos débordant sur la route en face de la cafétéria.
A mon avis, l’embouteillage n’est pas une anomalie passagère, c’est un avant-goût de la métropole qui vient. La question n’est pas « atteindra-t-on 10 millions ? », mais « serons-nous prêts à les accueillir et dans quel type de ville ? ».
À Ouagadougou, la bonne question donc n’est pas si la barre des 10 millions sera franchie, mais quand. Les données récentes sur l’agglomération urbaine situent Ouagadougou autour de 3,5 millions d’habitants en 2025 (mais en vrai, on est déjà à plus de 4,5 millions), avec un rythme annuel d’environ 4,8 % ces dernières années, un ordre de grandeur cohérent avec les projections onusiennes pour les grandes agglomérations d’Afrique de l’Ouest. À ce rythme, la population double voir triple en un peu plus de deux décennies : en appliquant une croissance comprise entre 3,5 % et 4,8 %, le cap des 10 millions serait franchi entre le milieu des années 2040 et le milieu des années 2050, plus précisément autour de 2047 si l’on prolonge la tendance haute, et vers 2055 si l’on retient une normalisation vers 3,5 %. Et ça me rappelle avec brio ce que m’avait dit M. Valentin BAYIRI, Directeur du Département Prospective, Planification et Études (DPPE) de la mairie de Ouagadougou : “la population de Ouagadougou double chaque 15 ans)”.
Projeter « le quand » sans réfléchir à « l’espace que cela consomme » serait toutefois incomplet. La communauté internationale recommande d’évaluer l’urbanisation avec l’indicateur 11.3.1 des ODD, qui compare le taux de consommation d’espace au taux de croissance démographique et mesure la surface bâtie par habitant. Concrètement, quand la ville croît plus vite en habitants qu’en hectares bâtis (ratio < 1), elle se densifie ; quand l’inverse se produit (ratio > 1), elle s’étale.
Sur Ouagadougou, les travaux de télédétection menés sur 45 métropoles d’Afrique subsaharienne montrent deux éléments décisifs pour la planification (MDPI, 2021/UN-Habitat). D’une part, parmi les plus grandes villes dont Ouagadougou, l’extension des zones bâties a crû à un rythme inférieur à 4 % par an entre 2000 et 2015, donc légèrement en deçà des rythmes démographiques constatés ; autrement dit, la dynamique récente a plutôt été à la densification relative qu’au « tout-étalement ». D’autre part, les densités « dans le bâti » observées autour de 2015 restent élevées à l’échelle régionale (de l’ordre de 10–12 000 hab./km² de surface bâtie en moyenne sur l’échantillon), avec une stabilisation plus marquée dans les grandes villes. Ces repères permettent de cadrer l’empreinte au sol du cap des 10 millions.
Si Ouagadougou atteignait 10 millions d’habitants en conservant un ordre de grandeur de ≈ 11 000 hab./km² de surface bâtie, la « tache urbaine bâtie » nécessaire serait d’environ 900 km² (alors que le Grand Ouaga fait 3 300 Km² environ). À titre d’étape intermédiaire, ce ratio implique qu’avec ~3,5 millions d’habitants aujourd’hui, la surface bâtie mobilisée est de l’ordre de 320 km², ce qui est cohérent avec une ville-centre administrativement étendue mais au bâti effectivement plus compact que son emprise administrative (≈ 520 km² pour la commune de Ouagadougou). À densité accrue (≈ 15 000 hab./km²), l’empreinte au cap des 10 millions tomberait vers 670 km² ; à l’inverse, un relâchement vers 8 000 hab./km² propulserait l’empreinte à ≈ 1 250 km². Ces fourchettes synthétisent l’arbitrage entre étalement et compacité et s’appuient sur les méthodes SDG 11.3.1 et sur les métriques de densité bâtie issues de la littérature récente (UNSD, 2025).
Ces trajectoires locales s’inscrivent dans un mouvement national et continental. Au Burkina Faso, la part de population urbaine a presque doublé en vingt ans et devrait passer la barre de 50 % à l’horizon 2050 ; autrement dit, même si la capitale ne captait qu’une fraction de cet essor, la pression urbaine restera structurellement forte. Dans les métropoles à faible revenu, la « consommation marginale d’espace par nouvel habitant » observée sur 2000–2015 est, en moyenne, relativement contenue pour les grandes villes, ce qui signifie que des politiques de densification raisonnée peuvent réellement infléchir l’empreinte. (ONU Habitat)
En tant qu’urbanistes, cela nous oblige à viser grand et tôt. Viser grand, parce que 10 millions n’est pas une hypothèse lointaine : c’est une échéance planifiable à l’échelle d’une génération. Viser tôt, parce que l’indicateur 11.3.1 nous enseigne que la maîtrise du ratio consommation d’espace/croissance de population se joue maintenant : guider la croissance vers les corridors équipés, généraliser des tissus mixtes à moyenne/haute densité, protéger et recomposer les vides urbains stratégiques, réhabiliter le foncier sous-utilisé, calibrer les infrastructures à l’échelle métropolitaine, et coordonner l’urbanisation intercommunale. C’est le sens de l’« ambition urbaine » : faire d’Ouagadougou une métropole de 10 millions vivable, connectée et sobre en sol, plutôt qu’une mégapole de 10 millions dispersée et congestionnée.
Sources clés : estimations/projections de population urbaine pour l’agglomération d’Ouagadougou fondées sur la révision des World Urbanization Prospects (séries 2023/2024 reprises par des agrégateurs), cadre méthodologique SDG 11.3.1 (UN-Stats/UN-Habitat), analyses de densité et de croissance de la surface bâtie par télédétection (MDPI, 2021), et tendances d’urbanisation nationales (UN-Habitat Burkina Faso). (MacroTrends)
Ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat - MUH Burkina Faso
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