06/09/2020
Argumentaire pour mettre fin à l'extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée de manière durable.
L'humanité a connu sa période de prospérité la plus longue de tous les temps. La pauvreté a considérablement diminué. Depuis 1990, près de 1,1 milliard de personnes sont sorties de l'extrême pauvreté. Malgré tout 767 millions de personnes vivent encore en dessous du seuil de pauvreté international, 1,90 $/personne/jour, ce qui les rend extrêmement vulnérables.
La prospérité mondiale des dernières décennies a démontré que le modèle économique mondial était capable de créer de la richesse. Cependant, les inégalités de revenu élevées et les problèmes climatiques ont révélé qu'un nouveau paradigme est nécessaire pour rendre cette prospérité mondiale plus durable et partagée. En effet, si le modèle économique mondial actuel a la capacité de créer la richesse, il menace l'environnement et laisse de nombreuses personnes sur le côté. Cette économie devient de plus en plus sophistiquée et plus complexe. Comme le révèle Thomas Piketty dans son livre de « Le capital au 21ième siècle », ce sont ceux qui ont le capital et connaissent les règles du système financier international qui s’enrichissent d’avantage.
Dans ce contexte, il est nécessaire que dans la lutte contre la pauvreté, l'accent soit mis sur les pauvres, sur ce qu'ils font et où ils vivent. Nul besoin de démontrer que le visage de la pauvreté est principalement rural et jeune; 80% des personnes extrêmement pauvres et 75% des pauvres modérés vivent dans les zones rurales. Il faut le dire, les pauvres sont en grande partie des agriculteurs. Pour gagner la bataille contre la pauvreté, les efforts mondiaux de développement doivent être concentrés sur eux. Pourtant, au cours de la dernière décennie, les prêts au développement rural, et en particulier à l'agriculture, ont connu une baisse sans précédent – au niveau des institutions financières internationales. Les engagements envers l'agriculture et le développement rural doivent être renouvelés et repensés. En fait, dans la plupart des pays en développement, l'agriculture reste le principal secteur économique et emploie la majorité de la population active. Mais sa contribution au PIB dans ces pays reste souvent très faible. Pire, dans de nombreuses régions du monde, l'agriculture est toujours perçue comme une activité risquée, de subsistance qui est soumise à des conditions météorologiques imprévisibles. Par conséquent, elle est moins attrayante pour les investisseurs. Ce qui ne donne pas au secteur agricole la capacité financière nécessaire pour son fonctionnement optimal. L’agriculture ne crée pas suffisamment de richesse comme elle devrait pour sortir ces millions de personnes de la pauvreté de manière durable. De nombreuses contraintes entravent le développement économique des pauvres, des agriculteurs et des populations rurales. En l’occurrence, un accès limité aux technologies, un manque criard d'infrastructures, un faible accès aux marchés rémunérateurs, un commerce international déloyal et défavorable, une mauvaise gouvernance, un faible accès à des intrants de bonne qualité et un système financier exclusif.
Depuis plusieurs décennies, les organisations de développement ont énormément contribué à la croissance économique mondiale sur plusieurs plans. En mobilisant des ressources, en influençant les politiques dans le monde et en apportant une expertise dans divers domaines. En se fixant dans les objectifs de développement durable, l'objectif «de mettre fin à l'extrême pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée de manière durable d'ici 2030», les organisations internationales et les états ont clairement affiché leur ambition de jouer un rôle clé dans le destin du monde en améliorant partout les moyens d’existence des personnes vulnérables et pauvres.
Grâce à leurs réseaux et leurs expertises à travers le monde, les organisations internationales pourrait mener davantage de plaidoyer auprès des investisseurs, des secteurs privés et des décideurs politiques. Dans une vision de changement de paradigme afin de faire évoluer les mentalités pour que l’agriculture soit perçue comme une entreprise à proprement parlé et une entreprise rentable. Les organisations internationales devraient d’avantage travailler avec les gouvernements pour créer des environnements favorables qui rendent le secteur agricole et les zones rurales plus attractifs notamment pour les jeunes. Pour se faire, il est nécessaire d'investir dans des filets de sécurité qui prennent en charge les risques agricoles afin de protéger les investissements dans ce secteur d’une part. D’autre part pour aider les agriculteurs à faire face aux chocs. Des systèmes d'assurance agricole solides dans les principales régions vulnérables du globe sont nécessaires pour envoyer un signal positif aux investisseurs et protéger les moyens de subsistance des pauvres.
Si l’agriculture arrive à se positionner comme une entreprise rentable, elle attirera les capitaux, les talents et la main d’œuvre nécessaires à sa transformation durable.
Il faut tout de même noter que la pauvreté et le développement rural en particulier est multi dimensions. Elle requière donc des approches multi dimensionnelles pour espérer en arriver à bout. L'orientation agricole est nécessaire, mais pas suffisante pour réduire la pauvreté à grande échelle et assurer une prospérité mondiale partagée. L'éducation et l'autonomisation sont essentielles pour aider les pauvres à concevoir leur propre avenir. L'Afrique est la population mondiale la plus jeune, et en croissance rapide. En 2016, la population africaine était estimée à environ 1,2 milliard, avec une prévision de 1,7 milliard en 2030 et 2,5 milliards en 2050, ce qui pourrait représenter un quart de la population mondiale. Les jeunes représentent 60% de cette population et les 15-24 ans sont déjà plus de 200 millions aujourd'hui, dans 20 ans ils seront 350 millions. Une attention particulière devrait être accordée à cette jeunesse. Autonomiser ces jeunes aujourd'hui est la clé de voûte pour aider le continent à tirer parti de son dividende démographique et réduire du même coup l'immigration massive en cours vers les pays du nord. Ainsi, l'Afrique pourra contribuer d’avantage à la création de richesses mondiales. Tous les pays développés pourraient ainsi en tirer parti pour revitaliser leur croissance dans des économies déjà en berne avant que la crise du corona virus ne vienne enfoncer le clou.
Par ailleurs, dans les ménages pauvres, les femmes jouent un rôle central dans la vie quotidienne des familles. Lorsque les revenus des femmes augmentent, cela a un impact significatif sur le bien-être des ménages. Pourtant, dans la plupart des pays en développement, l’accès des femmes aux ressources productives de base telles que la terre, l'eau et les finances est limité. Il est nécessaire de faire davantage de plaidoyer pour que les états engagent des politiques fortes et volontaristes pour aider les femmes à accéder à ces ressources vitales à travers le monde, surtout dans les pays en développement.
De plus, il est nécessaire d’aider les pays pauvres à opérer une transformation structurelle de leurs économies face au changement climatique et à la mondialisation. Aider ces pays à adopter un système de production intelligent face au climat au bénéfice de la planète. Les soutenir pour une transition vers des économies décarbonées. Créer un environnement propice qui favorise le commerce équitable afin de leur permettre de vendre leur produit brut sur le marché international à des prix rémunérateurs et d'améliorer les termes de l’échange. De plus, appuyer le développement d’industries pour une transformation locale des produits et des matières première. C’est seulement par ces actions fortes que les organisations internationales contribueront à renforcer les capacités des économies des pays pauvres, créer une richesse plus inclusive. Ainsi, le monde aura plus de chance mettre fin à l'extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée de manière durable. En améliorant les conditions de vie populations des pauvres à long terme, même face aux chocs climatiques, financiers, politiques et économiques.
Ibrahim Koara